Découverte de la psilocybine – Le témoignage de Lucie
La journaliste Lucie Dubois a récemment découvert les effets de la truffe à la psilocybine au centre de retraite psychédélique Tangerine Retreat, situé aux Pays-Bas. Elle raconte son expérience dans « Rendre visible l’âme », un article publié dans le magazine Cerveau et Santé.
« Des études montrent que ce psychédélique qui réactive la plasticité du cerveau pourrait avoir un effet thérapeutique sur certains états anxieux et dépressifs, et réouvrir le champ des possibles.
Face à ma tasse de thé blanc, où se dissolvent 20 mg de truffe à la psilocybine, je sens un léger vertige m’envahir : un mélange d’appréhension et de curiosité. “Oubliez vos attentes, la médecine fera ce qu’elle doit”, nous a glissé l’un des facilitateurs. Plus facile à dire qu’à faire, tant le chemin jusqu’ici a exigé de bousculer mes certitudes, porté par l’espoir d’en finir avec le burn-out qui m’a vidée une grande partie de l’année.
Quelques mois plus tôt, un documentaire de Michael Pollan sur la renaissance scientifique des psychédéliques avait éveillé ma curiosité. J’avais suivi avec intérêt les études scientifiques en cours mais j’étais loin de me douter que je serais amenée à en faire moi-même l’expérience.

En quelques années, ces substances sont passées du tabou aux protocoles cliniques : des études menées aux États-Unis et au Royaume-Uni montrent qu’une ou deux séances encadrées peuvent soulager la dépression, l’anxiété ou certaines addictions. La MDMA-thérapie soulage certains stress post-traumatiques ; la psilocybine rivalise parfois avec les antidépresseurs. Ces résultats convergent vers une hypothèse centrale : les psychédéliques pourraient réactiver la plasticité du cerveau, rouvrant temporairement des « fenêtres d’apprentissage » qu’on croyait closes à l’âge adulte. Pour le psychiatre Bessel Van der Kolk, si ces résultats se confirment, cela pourrait être l’une des avancées majeures de la psychiatrie moderne. Pendant ce temps, ma propre vie se fissurait. Une situation de harcèlement au travail avait fini par me conduire au burn-out.
Moi qui avais toujours résisté au stress, soutenue par des années de méditation et de yoga, je me suis retrouvée un matin avec une sensation d’oppression sur la poitrine et une hypervigilance constante. Une prise en charge rapide m’a permis de me relever, mais, de retour dans la même structure, et face au même harceleur, une inquiétude sourde persistait : et si tout recommençait ?
Revisiter sa vie ?
C’est alors que j’ai repensé aux thérapies psychédéliques. Serait-il possible de faire une expérience réparatrice, capable non seulement de déverrouiller ce que le stress chronique avait figé, mais aussi de revisiter la situation de harcèlement sous un autre angle, avec un regard apaisé ? Mes recherches m’ont menée au [centre] Tangerine Retreat où les truffes à psilocybine (en vente libre aux Pays-Bas) sont utilisées dans un accompagnement structuré : questionnaire médical, intention personnelle, séances de préparation individuelles et collectives. Ces moments d’échange constituent une première phase essentielle : ils créent une cohésion, installent la confiance et amorcent déjà un travail d’introspection.
Trois facilitateurs, Magalie, Mourad et Jakobien, épaulés par un médecin, veillent au cadre et au confort psychique du groupe.
“Le dispositif médical est là pour rassurer, nous n’avons jamais eu besoin d’intervenir”, précise Arnaud Beauregard, ingénieur polytechnicien qui a fondé le centre suite à sa découverte personnelle des bienfaits de cette expérience.
C’est dans une grande maison de campagne entourée d’arbres et de silence que l’expérience va se dérouler. Le lieu est idéal pour ce que les chercheurs appellent le set and setting : un environnement apaisant, qui prépare l’esprit à s’ouvrir.

Ce que montrent les études
- Aux États-Unis, plusieurs essais cliniques menés à Johns Hopkins et à la NYU ont montré que une à deux séances de psilocybine, associées a une psychothérapie, pouvaient réduire durablement la dépression résistante, l’anxiété liée au cancer, ou encore certains troubles addictifs.
- Dans une étude publiée en 2022 dans JAMA Psychiatry, les participants traités contre l’alcoolisme ont diminué de près de 60 % leurs jours de consommation excessive — un résultat supérieur à la plupart des traitements.
- Au Royaume-Uni, le Centre for Psychedelic Research de l’Imperial College London a comparé la psilocybine à un antidépresseur de référence. Résultat : deux doses, encadrées par des thérapeutes, ont produit des effets équivalents à six semaines d’escitalopram, un médicament fréquemment prescrit contre la dépression.
- Enfin, aux États-Unis, l’association MAPS a publié dans Nature Medicine les résultats d’essais de phase iii sur la MDMA-thérapie, montrant une amélioration significative du stress post-traumatique, notamment chez les vétérans. Ces travaux pourraient ouvrir la voie à une approbation prochaine par les autorités de santé américaines.
Une expérience unique
Nous sommes dix, de nationalités et d’âges variés, de 32 à 69 ans. Chacun arrive avec une intention, plus ou moins urgente : certains cherchent un soulagement profond, pour une dépression ou une dépendance ; d’autres espèrent mieux se comprendre pour remettre en mouvement leur vie. Seule Luna, 33 ans, a déjà vécu une séance.
“La première fois, j’ai arrêté de fumer… et j’ai compris que l’homme que je fréquentais était le bon. On s’est mariés depuis”, raconte-t-elle. Elle sera naturellement notre “grande sœur” psychédélique.
Puis vient le moment [de la cérémonie] du thé. Le week-end, jusque-là rythmé par les méditations, le breathwork, et les sessions individuelles et collectives, se concentre soudain en un seul geste : porter la tasse à ses lèvres. J’avale d’un trait le liquide, au goût amer.

Quinze, peut-être vingt minutes plus tard, les couleurs se mettent à danser devant mes yeux dans une ronde kaléidoscopique trop vive, trop rapide. Une nausée violente m’envahit, suivie d’un froid sibérien qui semble venir de l’intérieur. Je me recroqueville, répétant : « ça va passer ».— ”Super, commente un coin de mon cerveau. Il fallait venir jusqu’ici pour apprendre que le harcèlement est désagréable mais temporaire ?”
L’humour intérieur me rassure : je suis encore là, quelque part. Le temps devient élastique. Tout me paraît flou, la réalité incertaine. Puis la voix de Nour s’élève à côté de moi :
— ”Mais où je suis ? Et pourquoi toutes les parties de moi sont éparpillées ?— Tu es au centre Tangerine, répond Magalie. Je suis là, tout va bien.”
Plus tard, Nour me racontera qu’elle avait l’impression d’avoir explosé en mille morceaux et de chercher à se rassembler. Ce n’est pas anodin : son intention initiale était « d’apprendre à occuper sa place dans le monde ».
Mourad vient me proposer un peu plus de thé. “Impossible, j’ai trop envie de vomir.”
Il m’apporte alors un morceau de gingembre frais à mâcher. Le goût m’agresse, brutal, mais me ramène. Puis une couverture. “Peut-être que ce froid veut te dire quelque chose”, suggère-t-il.
Mon corps se réchauffe, les visions ralentissent. Le travail commence. Je revisite des pans de ma vie comme on remonte un fil : la naissance de mon fils, son harcèlement scolaire, le mien. Je me sens à la fois patiente et thérapeute, observatrice de mes pensées. Et soudain, une fulgurance : son harcèlement m’avait ramenée à lui. À l’époque, j’avais arrêté de travailler pour le retrouver chaque midi et après-midi. Des instants à deux, précieux. Le mien, aujourd’hui, m’obligeait à regarder en face un poste prestigieux, mais vide de sens. L’introspection continue, dense, pour ne pas l’oublier, je prends quelques notes, griffonnées à tâtons.
“Dire à mon mari que nous sommes dans une relation horizontale.”
Une phrase énigmatique, mais urgente, au point que j’appelle un facilitateur pour lui demander de me la rappeler plus tard. Une fois les effets dissipés, son sens m’échappe pourtant complètement.
“Ça reviendra pendant l’intégration”, me glisse Mourad avec bienveillance.
Autour de moi, les autres voyagent aussi. Phil rit, transporté : “J’ai retrouvé mon moi de dix ans !”

Quelques jours plus tard, il nous confiera que sa créativité est revenue, un cadeau bienvenu pour ce quinquagénaire qui s’interroge sur la prochaine phase de vie professionnelle. Claudia, elle, pleure longuement. Plus tard, elle parlera d’une présence “plus grande qu’elle” , une expérience transformatrice, documentée dans 10 à 15 % des séances. Déjà dans les années 1960, les premières études, comme le “Good Friday Experiment” de Harvard, avaient déjà montré que ces épisodes spirituels comptaient parmi les moments les plus significatifs de l’existence et qu’ils jouaient un rôle important dans la réduction de l’angoisse de fin de vie.
Isabelle et Nathalie ressortent déçues. Isabelle n’a presque rien ressenti ; Nathalie, à ma droite pendant la cérémonie, dit n’avoir aucun souvenir de ce qui s’est passé. Pourtant, je l’ai entendue longuement pleurer, évoquant la souffrance d’un monde qui ne fait plus sens. “C’est comme si un bouchon avait sauté”, lui explique Mourad.
“Parfois, c’est trop intense pour être intégré d’un seul coup. Ne t’inquiète pas : la cérémonie n’est que le début. L’essentiel se passe maintenant, pendant l’intégration.”
Un processus d’intégration
Effectivement, les heures et les jours qui suivent constituent la partie la plus importante du processus. Nous sommes invités à parler de nos expériences avec des thérapeutes, à observer ce qui se rejoue dans nos vies. “Voyez les synchronicités, explorez les connexions”, nous recommandent les facilitateurs. Ma part sceptique sourit — la ficelle paraît grosse, et il serait facile de voir dans tout événement ultérieur un signe ou un effet rebond de la retraite. Et pourtant, quelque chose me dit qu’ils ont aussi raison : des fils invisibles se sont tissés pendant le voyage, et il faudra du temps pour en dénouer le sens.
Le programme prévoit d’ailleurs un suivi mensuel pendant douze mois, une série de rencontres d’intégration pour revisiter les prises de conscience et mesurer ce qui se transforme. Une précaution bienvenue : dans ce type d’expérience, le risque n’est pas tant de perdre pied que de ne pas savoir quoi faire de ce qu’on a vu.
De retour à la maison, rien ne semble avoir changé, et pourtant tout paraît légèrement déplacé. Ce n’est pas une révélation, ni même une guérison, plutôt une décompression. Je me sens un peu plus souple, un peu moins crispée sur mes peurs et mes rôles. Au fil des jours, les effets se transforment. Certaines émotions refont surface, d’autres s’apaisent. Je repense souvent à la phrase de Mourad : “La cérémonie n’est que la première étape.” L’expérience continue de se dérouler, lentement, dans les gestes quotidiens, dans la manière d’écouter, de respirer, de répondre. Ce n’est pas tant le monde qui change que ma façon d’y être présente.
En écrivant ces lignes, je réalise que cette traversée n’a rien d’exotique : elle parle d’un besoin universel, celui de redonner du mouvement à ce qui, en nous, s’était figé. Peut-être est-ce cela, finalement, le vrai sens du mot “psychédélique” : rendre visible l’âme, ne serait-ce qu’un instant, pour avancer dans un monde un peu plus clair. »
Si comme Lucie, vous souhaitez écouter votre moi intérieur dans un espace sécurisé, inscrivez-vous à l’une de nos retraites psychédéliques.
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Prenez un rendez-vous téléphonique avec l’un de nos facilitateurs. C’est gratuit, et en français !
Retraite psychédélique aux Pays-Bas
Du 17 au 21 juin 2026
- Langue(s) parlée(s) :
- Cérémonie psilocybine encadrée
- Présence d'un personnel médical lors des cérémonies
- Sessions de préparation individuelles
- Chambre double ou solo
- À partir de 1 990 €
Ecrit par Arnaud Beauregard,
Fondateur de Tangerine Retreat en 2022, j'ai suivi plusieurs chemins : initialement ingénieur puis entrepreneur, j'ai ensuite suivi des formations en hypnothérapie pour essayer de mieux comprendre les rouages de l'esprit humain. J'ai découvert les psychédéliques à 55 ans. La rencontre avec et les états modifiés de conscience a été une immense révélation devenue, au fil du temps, une varitable passion.
Dernière modification le 3 juin 2026